Ce que la méthode scientifique ne se permet pas de dire… contrairement aux pseudo sciences.

Un des gros problèmes de la science est que certaines personnes (plus ou moins bien intentionnées) lui font dire ce qu’elle ne dit pas, en généralisant abusivement des études ou en tirant des conclusions sans aucun fondement, mais qui les arrangent bien ; pour vendre leurs produits ou exister médiatiquement (et vendre indirectement des livres, des conférences ou obtenir des subventions).

Je vais l’illustrer par 3 exemples qui devraient vous inciter à mieux lire la partie décrivant le cadre et les condition d’une étude ; c’est habituellement suffisant pour se faire une idée.

Prendre un phénomène isolé sorti de son contexte.
Lorsque les premières études ont montré le rôle des anti-oxydants dans la protection des cellules (en luttant contre les radicaux libres), les industriels ont tout de suite vu la manne que pouvait représenter la vente de compléments alimentaires bourrés d’anti-oxydants.

Des études pour la mise sur le marché ont donc vu le jour et rapidement été abandonnés car la supplémentation n’avait pas du tout l’effet escompté et même pouvait réduire l’espérance de vie dans certains cas… La raison ?

L’organisme nécessite un équilibre entre les anti-oxydants et les réducteurs pour fonctionner de manière optimal. Et un apport trop important d’anti-oxydants déséquilibre cette balance.

Prendre un phénomène isolé sans comprendre son interaction dans un (ou plusieurs) système complexe est flatteur pour l’esprit, mais est rarement une bonne idée. Un péché d’égo : on a l’impression d’avoir compris mais on est à coté de la plaque. C’est d’ailleurs un classique de la bro-nnaissance (la connaissance de vestiaires) et un bel exemple d’effet Dunning-Kruger.

Prendre un essai in vitro et généraliser à l’humain
Ici, je vais parler… d’hydroxychloroquine. Mais pour éviter de tomber dans un débat stérile, nous n’aborderons pas la covid-19 (j’ai mieux à faire que subir du cyberharcèlement). Donc in vitro l’hydroxychloroquine est efficace contre le chikungunya, mais lorsqu’elle est administrée à des patients les symptômes de la maladie sont majorés. Encore loupé.

C’est à peine mieux que l’exemple précédent en termes de méthodologie. Cette fois on monte d’un niveau : on passe d’un phénomène théorique isolé à celui de la cellule. La tentation est de se dire que cette fois le contexte est suffisant… ce qui est bien évidemment faux. La cellule n’est qu’une composante d’un organisme pluricellulaire dont le fonctionnement vient de la coopération d’organes spécialisés.

Prendre un essai sur les animaux et généraliser à l’humain
Pour finir, je vais prendre un exemple issu de la nutrition. La fameuse addiction (présumée) au sucre. Les études ont été réalisées sur des souris (indiquées comme modèle murin), pas avec des humains. Et oui, on connait tous quelqu’un qui mange du chocolat en douce… pour autant est-ce qu’un drogué en manque refusera son shoot pour manger un sucre ? Certains animaux semblent fonctionner comme nous mais utiliser la biologie des souris pour tirer des conclusions pour l’humain est assez hasardeux et beaucoup de spécialistes en addictologie sont contre cette thèse. Loin de moi l’idée de rejeter les études sur modèles animaux, mais elles ne sont qu’une étape avant les études sur l’homme et les conclusions qui peuvent éventuellement être tirées.

Où je voulais en venir ?

Arrêtez de brandir des études qui ont un cadre d’expérimentation défini pour leur faire dire plus qu’elles ne concluent (souvent avec pas mal de pincettes dans la partie discussion) et d’en faire des vérités permanentes, globales et immuables.

Nous sommes le fruit de l’évolution, de l’adaptation à des environnements et à des habitudes de vie où le hasard des mutations brouille encore plus le jeu ; sexes différents, groupes ethniques différents, modes de consommation différents, niveaux d’activité physique différents, etc. Donc faites preuve d’humilité : une théorie est définie et n’est considérée comme vraie que jusqu’à ce qu’on ait démontré qu’elle est fausse (avec une méthode fiable et pas des arguments pifométriques).

Ça peut avoir l’apparence de la science ou l’odeur de la science sans méthodologie ce n’en est pas. Et lorsque l’orgueil s’en mêle, c’est encore pire.

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